Pour les Femmes et la Science 2022: Katalin Karikó

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Biochemiste - Laureate Amérique du Nord 

 Professeure adjointe à la Perelman School of Medicine de l’Université de Pennsylvanie et vice-présidente de BioNTech RNA Pharmaceuticals. 

Découverte d'une technologie vaccinale pionnière, efficace contre la Covid-19.

 

La professeure Katalin Karikó est récompensée pour le développement révolutionnaire d’un ARN messager (ARNm) non inflammatoire, utilisé comme vaccin à haut potentiel pour prévenir les infections virales et parasitaires. Ses recherches ont contribué au développement des vaccins COVID-19 par les laboratoires Pfizer-BioNTech et Moderna. 

Pendant des années, elle a mené des recherches qui ont contribué à résoudre l’un des problèmes fondamentaux de l’ARN, à savoir la production faible et éphémère de protéines. La professeure Karikó a découvert que l’ARNm modifié par des nucléosides - par rapport à l’ARNm non modifié et non optimisé - était mieux toléré et pouvait être administré à des doses plus élevées. 

Ses recherches ouvrent la voie à de futures thérapies pour des maladies complexes telles que le cancer, l’insuffisance cardiaque, les accidents vasculaires cérébraux, l’anémie et les maladies auto-immunes. 

L’ARN messager est en fait une copie des plans de "production" ou des informations contenues dans notre ADN, qui active, dans nos cellules, la production de protéines nécessaires pour combattre les maladies et les virus. Il se dégrade naturellement une fois son rôle accompli. La plus grande réussite de la professeure Karikó est d’être parvenue à surmonter la forte réaction inflammatoire en générant une forme d’ARNm modifiée par des nucléosides, des molécules monomères organiques.  

C’est en 2005, en incorporant des nucléosides modifiés d’origine naturelle dans l’ARNm pendant la synthèse que la professeure Karikó et Drew Weissman ont réalisé cette avancée. En 2013, elle a rejoint BioNTech en tant que vice-présidente principale de la division « RNA Therapeutics », où elle a, avec Ugur Sahin et Özlem Türeci, poursuivi le développement de vaccins à ARNm. En 2020, BioNTech a développé le premier vaccin à ARNm pour lutter contre la pandémie de Covid-19.  

"La biochimie peut expliquer la plupart des phénomènes dans notre corps, mais il reste encore tant à découvrir", dit-elle. "Nous avons besoin de la prochaine génération de scientifiques pour continuer à développer des thérapies et traiter des maladies graves. Cela commence par en élucider le mécanisme moléculaire : c’est essentiel pour apporter des remèdes à ceux qui souffrent aujourd’hui." 

Enfant, en Hongrie, elle vivait dans une communauté rurale avec un grand jardin où elle semait des fleurs et s’occupait des animaux de la ferme. Elle était captivée par les phénomènes naturels qui l’entouraient. "J’ai été surprise d’apprendre que l’irisation des plumes de canard vient de l’interaction de la lumière avec les structures de la plume, et j’ai éprouvé de l’émerveillement en voyant la vache du voisin mettre bas", raconte-t-elle. "Cette curiosité innée m’a accompagnée toute ma vie". 

À 16 ans, elle était certaine de vouloir devenir scientifique, même si, comme elle s’en souvient, "je n’en avais jamais vu". Ses professeurs de biologie et de chimie ont guidé ses premiers pas à travers une approche pratique et enthousiaste et des activités extrascolaires. Son professeur de biologie a été un modèle important, et l’a aidée à apprendre cette leçon de vie fondamentale : comment transformer le stress négatif en énergie positive, en inspiration et en encouragement. 

Après son doctorat et ses études postdoctorales, son laboratoire a perdu son financement et, en 1985, son parcours l’a conduite aux États-Unis, à l’université Temple en Pennsylvanie. En 1990, elle rejoint ensuite l’université de Pennsylvanie, où elle soumet une demande de financement pour étudier l’utilisation des ARN messagers en thérapie génique. Partout dans le monde, y compris aux États-Unis et ailleurs, la professeure Karikó estime qu’il faut plus de financements pour créer les conditions propices à des découvertes plus révolutionnaires, et que les scientifiques de haut niveau doivent pouvoir consacrer leur temps et leur énergie à réellement explorer des idées non conventionnelles et ouvrir de nouvelles voies.   

En tant que femme scientifique, elle s’est battue à plusieurs reprises contre le harcèlement. En 1995, elle a été rétrogradée à un simple titre de chercheur principal, ce qui l’a empêchée d’obtenir un poste de professeure, même en tant que scientifique internationalement reconnue. "J’ai essayé de me défendre, mais ne connaissant pas mes droits dans un pays étranger, mes patrons étaient toujours victorieux", dit-elle. "Nous avons besoin que les femmes s’expriment et jouent des rôles importants. Elles ne doivent pas se contenter de moins, mais apprendre à croire en elles-mêmes, à diriger des recherches et à savoir qu’elles sont tout aussi capables de fournir une science révolutionnaire que n’importe quel homme." 

"Les femmes scientifiques ont une grande vision, elles sont audacieuses et pratiques, tout en étant passionnées et empathiques", croit-elle fermement. "Elles ont une attitude résolument pragmatique et savent résoudre les problèmes, elles ont un excellent esprit d’équipe". 

Elle conseille aux jeunes scientifiques de choisir un partenaire qui les soutienne, de viser haut, de développer une forte confiance en soi, de se défendre et de se concentrer sur les domaines dans lesquels elles peuvent avoir un réel impact sans craindre d’essayer ni d’échouer. 

"Il est vital pour l’avenir de la science et notre capacité à résoudre les problèmes de santé et d’environnement dans le monde que nous continuions à mettre en avant l’excellence scientifique féminine et à inspirer la prochaine génération de femmes scientifiques", conclut-elle.