Pour les Femmes et la Science 2022: Hailan Hu

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Neuroscientifique  - Laureate pour l’Asie et le Pacifique

Professeure et directrice exécutive du Centre des neurosciences de l’École de Médecine de l’université de Zhejiang, Chine 

S’appuyer sur les neurosciences pour révolutionner les connaissances en matière de santé mentale. 

 

 

La professeure Hailan Hu est récompensée pour ses découvertes majeures dans le domaine des neurosciences sociales et émotionnelles. Ses travaux novateurs ont bouleversé notre compréhension de la santé mentale et ont permis de décrypter le mécanisme de la dépression, rendant possibles de nouvelles stratégies de traitement et de médicaments innovants. Des percées essentielles dans le sillage de la crise de santé mentale provoquée par la pandémie de Covid-19 avec près de 30 % de la population mondiale souffrant de dépression selon la revue The Lancet). La professeure Hu mène un travail acharné pour sensibiliser et proposer des solutions à fort impact, d’autant que dans de nombreuses régions du monde, la maladie reste largement sous-diagnostiquée et encore taboue. 

"Le cerveau est certainement le système le plus complexe de l’univers", dit-elle. "Des milliards de cellules nerveuses liées les unes aux autres, des trillions de connexions qui exécutent des fonctions fascinantes telles que les pensées, les émotions et l’apprentissage. Je pense qu’un jour, notre compréhension des mécanismes neurologiques à l’origine des maladies psychiatriques sera suffisamment avancée pour nous permettre de créer un remède pour aider les personnes souffrant de ces maladies." 

Dans son laboratoire de l’École de Médecine de l’université de Zhejiang, établissement parmi les plus respectés de Chine, la professeure Hu et son équipe étudient l’encodage des comportements émotionnels et sociaux dans le cerveau et comment ils sont façonnés par l’expérience via des changements dans les circuits neuronaux correspondants. Elle a notamment fait des avancées significatives dans la compréhension de l’impact rapide et efficace de la kétamine sur une petite zone du cerveau appelée « habenula », fortement activée pendant la dépression. Il s’avère que la kétamine est nettement plus efficace que les antidépresseurs traditionnels. L’identification de ce lien direct a donc permis un éclairage nouveau sur l’évolution de la maladie et représente l’une des découvertes majeures les plus importantes de ces dernières années en matière de santé mentale. 

Enfant, inspirée par les histoires et les films, la professeure Hu voulait devenir écrivain ou scientifique, deux carrières qu’elle trouvait glorieuses. Alors qu’elle poursuit sa scolarité, elle réalise que c’est en mathématiques et dans les matières scientifiques, qu’elle est la plus forte. C’est ainsi que commence son parcours en science, soutenue par ses parents et encouragée par ses professeurs de physique et de biologie qui ont cultivé son aptitude à la pensée logique et son intérêt pour les sciences naturelles. 

À l’université, alors qu’elle étudie la biochimie, elle décide de consacrer sa carrière aux neurosciences, puis découvre les idées exprimées dans le livre « From Neuron to Brain » de Steve Kuffler et John Nicholls. Elle est également fascinée par les expériences menées en classe. "L’idée de pouvoir mesurer les impulsions électriques envoyées par le cerveau et sonder leur fonction m’a ouvert les yeux", se souvient-elle. 

La professeure Hu a effectué son doctorat et sa formation postdoctorale aux États-Unis, avant de retourner en Chine développer son groupe de recherche indépendant. En 2015, sa réussite est déjà saluée par le programme national Jeunes Talents L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science. Bien qu’elle soit encouragée par les progrès réalisés en Chine dans le domaine scientifique et par le leadership de son pays dans certains domaines, elle veut s’assurer que la prochaine génération de scientifiques puisse s’épanouir, notamment en créant une masse critique de mentors. Reconnaissante envers ses modèles, elle souligne l’impact transformateur de son propre mentor de doctorat, Corey Goodman, expert en développement neuronal, qu’elle décrit comme une force vive et une personne ultra-performante, ainsi que l’approche sophistiquée à la résolution de problèmes de l’éminent neuroscientifique Roberto Malinow. 

En tant que scientifique femme, elle a perçu des formes subtiles et inconscientes de discrimination fondée sur le genre et été témoin d’obstacles à la progression des femmes dans les sciences, comme la difficulté de se créer des réseaux et le manque de confiance des pairs scientifiques. En tant que membre du réseau ALBA, qui s’efforce de promouvoir l’égalité et la diversité dans le domaine des neurosciences, la professeure Hu participe activement à l’inversion de ces tendances. Il faut reconnaître ce déséquilibre fondamental entre les genres et prendre des mesures pour faciliter la communication, en donnant aux femmes les moyens de présenter leurs résultats de manière à convaincre leurs homologues masculins. 

Enfin, elle encourage les femmes scientifiques en devenir à ne pas s’arrêter à l’image que renvoient les médias qui, selon elle, éclipse les réussites des femmes ce qui les distingue de leurs pairs. "C’est essentiel d’accorder de l’importance à vos recherches ; tirez votre estime de soi uniquement de vos réalisations scientifiques", dit-elle. "Vous ne savez jamais ce qui sera à la mode dans trois mois, mais il y a des valeurs sûres et fiables dans la science pour les années à venir. Donc, si vous aimez la science, n’ayez pas peur de devenir une scientifique !"